Premières analyses morphologiques du parcellaire parisien

S. Robert (Archéologie médiévale, Paris 1),
E. Grosso (Informatique et géomatique, IGN / laboratoire COGIT - université de La Rochelle),
P. Chareille (Histoire médiévale, université de Tours)
H. Noizet (Histoire médiévale, université de Paris-1)

À partir des couches vectorisées des plans d’îlots Vasserot construites dans le cadre d’ALPAGE, nous proposons de faire un premier état de l’analyse du tissu urbain du début du 19e s. Un ensemble de procédures et d’indicateurs ont été implémentés en surcouche d'un SIG open source (OpenJUMP) afin de permettre la caractérisation de la morphologie du tissu urbain aussi bien d'un point de vue linéaire (segments) que polygonal (surfaces) : création automatique et optimisée de segments avec leur orientation ; pour chaque polygone ou groupe de polygones, caractérisation de forme rectangulaire basée sur des indicateurs de distance surfacique par rapport à l’enveloppe convexe et par rapport au rectangle minimum englobant etc.

Les outils de vectorisation automatique permettent de fournir des états parcellaires plus ou moins proches de celui obtenu par vectorisation manuelle. L’examen à différentes échelles d’observation de ces différences permet d’évaluer la pertinence des outils d’analyse développés.

Grâce à ces outils, les grandes orientations du parcellaire, le découpage, la forme et la densité des parcelles sont explorés et traités statistiquement. Les données des plans du 19e siècle sont confrontées avec d’autres couches d’information spatiale générales (voies actuelles) ou construites à cette occasion (voies anciennes, structures archéologiques, enceintes, topographie). On cherche à mettre en évidence les organisations présentes sur le territoire parisien depuis la fin de l’Antiquité jusqu’au 19e s. et les éléments morphogénétiques qui ont permis la structuration et la transmission de ces formes dans le temps. Ainsi, la trame structurante issue de l’ancienne voie romaine [rues St-Jacques-St-Martin] qui ressort nettement, peut être cartographiée et donc objectivée. Il en est de même de certaines régularités morphologiques pouvant effectivement être interprétées comme des planifications (île Saint-Louis, secteur du Temple, certains fossés de l’enceinte de Charles V), tandis que d’autres lotissements proposés par l’historiographie semblent plus difficiles à établir morphologiquement (secteur nord de la rue Saint-Honoré). Apparaissent également les parcelles très éloignées des formes rectangulaires, avec des échancrures révélant des conflits de formes ou des passages complexes pour accéder au cœur d’îlots (contrainte de l’enceinte de Philippe Auguste, ancienne rue Darnestat vers Saint-Martin-des-Champs). Enfin, la cartographie du petit parcellaire laniéré permet de repérer les voies qui ont été durablement des supports de flux, cette durabilité se cristallisant dans le parcellaire.