L’enceinte de Charles V

N. Faucherre (Histoire de la fortification, université de Nantes)
A.-L. Bethe (Géomatique, université de La Rochelle)

L’enceinte dite de Charles V, construite à l’initiative du prévôt des marchands puis du roi de 1356 à 1370, est désormais mieux connue grâce aux travaux du Carrousel en 1992 ; il s’agit d’un massif rempart de terre (25 m de large, 14 de haut) couronné d’un muret. Les portes, seules rencontrées dans les travaux du métro en 1910, étaient en tunnel sous cette terrée, précédées de ponts franchissant les deux fossés successifs et de bastides extérieures. Au-delà d’être une digue permettant d’assainir le lotissement en arrière et le lieu privilégié pour la décharge des immondices, la terrée constitue une réponse de l’urgence face à la menace anglaise après la défaite de Poitiers, appliquée dans la plupart des grandes villes de plaine ayant à prendre brutalement en charge leurs destinées militaires.

Le recoupement des plans, du Gomboust au Vasserot, permet de caler l’emprise physique de cette énorme terrée, précédée d’un fossé en eau avec avant-fossé séparé par un dôdane. En dehors des portes, les traces parcellaires les plus récurrentes pour cette structure molle, nivelée sans laisser de trace, sont constituées par la rue du rempart, qui le longeait côté ville (rue de Cléry, rue de la Planchette), voire par le chemin bordant la contrescarpe du fossé (rue Amelot), qui nous garantissent l’emprise de l’ensemble (60 m de large) dans le paysage urbain actuel.

Nonobstant, des zones d’incertitude demeurent, compte tenu, d’une part, du nivellement précoce et total du secteur entre la porte du Temple (République) et les Filles du Calvaire, d’autre part, du caractère inconstant par nature des monceaux de détritus devenus bastions au XVIe siècle venus s’accoler contre elle par l’extérieur, dont l’emprise ne peut être certifiée.