Géolocalisation des censives urbaines au XVIIIe siècle

B. Bove (Histoire médiévale, université de Paris 8)
Y. Brault (Histoire moderne, centre de topographie historique des Archives nationales)
A. Ruault (Histoire médiévale, Paris-1)

La cartographie des seigneuries foncières parisiennes – ou censives, c’est-à-dire l’ensemble des héritages soumis au cens, ce qu’on appelle également le domaine direct d’un seigneur censier – fait partie des couches nécessaires pour connaître le Paris ancien. En effet, cette carte des seigneuries à la veille de la permettra aux historiens de se repérer dans les immenses fonds des seigneurs fonciers confisqués à la Révolution et désormais conservés aux Archives Nationales. Elle leur permettra aussi de mieux comprendre l’administration du territoire parisien sous l’Ancien Régime, à une époque où les seigneurs avaient aussi des droits de justice sur leurs terres.

La carte des censives que nous proposons repose sur un travail de report sur le fond Vasserot des informations contenues sur un ensemble de plans parcellaires tirés des fonds seigneuriaux, datant essentiellement du XVIIIe siècle. Parallèlement, une base de données permet de renseigner les caractéristiques de chacune des censives représentées. Les seigneuries les mieux connues sont celles des seigneurs ecclésiastiques, mais leurs atlas signalent aussi par mitoyenneté un grand nombre de petites seigneuries laïques qui ont ainsi pu être cartographiées. Nous avons fait le choix d’interpréter le moins possible l’information donnée par ces atlas, ce qui apparente ce travail de saisie à une édition de source. En dépit de quelques chevauchements de détail l’ensemble est cohérent et permet de décrire précisément les seigneuries dans leur état final, à la veille de leur disparition. Il donne aussi une base à une analyse régressive des seigneuries pour les époques antérieures, comme le montre l’exemple de la censive Saint-Eloi.

Le prieuré de Saint-Eloi possédait une très vaste censive répartie à la fois sur l’Ile de la Cité et sur la rive droite, en particulier dans l’actuel quartier du Marais. Cette censive a fait l’objet de la rédaction de deux censiers, l’un en 1280 et l’autre en 1300. Ces registres de collecte du cens seigneurial sont des documents uniques pour découvrir l’urbanisation de la ville de Paris au Moyen Âge : les différentes parcelles de la seigneurie y sont listées, avec plus ou moins de détails, ce qui rend possible une reconstitution grossière du parcellaire de ces terres, en confrontant les descriptions données dans les censiers aux cartes de restitution d’Adolphe Berty et de l’abbé Friedmann ainsi qu’aux atlas du XVIIIe siècle, et en particulier le terrier de l’archevêché, qui détaille les limites de la censive.