Le tracé des enceintes médiévales (10e-13e s.)

H. Noizet (Histoire médiévale, université Paris-1),
E. Lallau (Archéologie médiévale, université Paris-1)

La reconstitution du parcellaire ancien à partir des plans Vasserot permet d’enrichir les connaissances sur les premières enceintes médiévales de Paris. Cela est particulièrement vrai pour l’enceinte du haut Moyen Age sur la rive droite, ainsi que pour celle de Philippe-Auguste construite entre 1190 et 1215, sur les deux rives.

Concernant la première d’entre elles, une synthèse des données textuelles et archéologiques permet de localiser grossièrement le secteur global de sa localisation, ainsi que les points surs (toponymes de l’archet Saint-Merry et de la porte Baudoyer dans les textes, fouilles récentes de l’INRAP). Au-delà, seule l’analyse morphologique des ruptures dans le tissu urbain ancien de ce secteur permet de proposer un tracé cohérent, bien qu’imprécis. Il s’agit moins de fixer la limite de cette enceinte primitive au mètre près que de repérer son effet structurant pour l’espace urbain, dans la longue durée. La caractérisation morphologique des segments relevés (limites viaires, parcellaires ou bâties) permet de repérer une résilience plus forte de cette forme à l’ouest de la rue Saint-Martin qu’à l’est. À l’ouest, les flux se sont durablement inscrits dans le dispositif viaire hérité de cette enceinte du haut Moyen Age, qui a continué de répondre aux besoins de circulation au moins jusqu’au 19e s. À l’est de la rue Saint-Martin, c’est un autre schéma qui a prévalu : la croissance urbaine s’est traduite ici par une colonisation de la voie longeant l’enceinte par du bâti et par une remise en cause plus profonde des systèmes viaires et parcellaires hérités. Ceci induit un redéploiement des circulations et un mode d’urbanisation par à-coups, ce constat étant cohérent avec les travaux historiques et archéologiques réalisés par ailleurs sur les lotissements du Temple. Enfin, les linéaments repérés sont mis en relation avec les limites des paroisses et des censives médiévales ou modernes, confirmant ainsi l’interaction entre la matérialité concrète du système défensif urbain et les espaces de la domination seigneuriale et ecclésiastique.

Concernant l’enceinte de Philippe-Auguste, un premier travail a été réalisé pour localiser précisément les vestiges archéologiques (à partir du dépouillement des données du SRA et du DHAAP) et les tours et les portes (à partir de la bibliographie). Sur la base de ces données spatiales, et des héritages de cette enceinte sur les plans postérieurs (Vasserot, APUR), un tracé global de l’enceinte peut être proposé à l’échelle de la ville. Celui-ci correspond à l’état de la fin du Moyen Age, avec toutes les ouvertures qui ont été percées après la phase de construction initiale. Pour créer cette représentation polygonale de type plan-masse, certaines mesures ont été standardisées (dimensions des tours, épaisseur de la courtine par exemple) : il ne s’agit donc que d’une première proposition d’emprise au sol, qui ne demande qu’à être améliorée par la suite en intégrant les éléments de connaissances propres à tel ou tel secteur.